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L'anosognosie est un symptôme plus qu'une maladie : elle se manifeste par l'incapacité du malade à prendre conscience de la maladie dont il est atteint. Ce trouble du développement apparaît dans certaines conditions, et peut être traité par l'orthophonie une fois qu'il est clairement diagnostiqué.

Définition de l'anosognosie

L'anosognosie est un trouble neuropsychologique qui se traduit par la méconnaissance voire l'ignorance de l'individu de sa maladie. Ce trouble peut aussi se manifester dans les cas de cécité, d'hémiplégie ou de membre fantôme.

L'anosognosie n'est pas une maladie à proprement parler. Il s'agit davantage d'un symptôme qui se manifeste chez le malade suite à un trouble neurologique. C'est pourquoi on l'appelle parfois syndrome.

Conditions d'apparition de l'anosognosie

Conditions d'apparition de l'anosognosie
Circonstances Conséquences
Après un AVC (accident vasculaire cérébral) Une fonction cognitive du patient est touchée sans que celui-ci s'en rende compte.
Lors de certaines maladies neurodégénératives
  • Maladie d'Alzheimer.
  • Syndrome de Korsakoff.
  • Démence parkinsonienne, etc.
Lors d'une démence vasculaire (démence à infarctus multiples) Le cerveau n'étant plus oxygéné, les cellules meurent, provoquant une anosognosie.

Diagnostic de l'anosognosie

Le diagnostic peut être difficile, sachant que la sévérité de ce symptôme peut varier selon le moment ou l'interlocuteur.

Attitudes à repérer

  • Un déni massif du trouble avec :
    • la conscience d'avoir subi un AVC sans pour autant l'associer à sa pathologie (le patient admet que quelque chose ne va pas) ;
    • la conscience de l'AVC tout en niant les conséquences de celui-ci (le patient reconnaît une anormalité mais pas le déficit) ;
  • Un déni des séquelles du trouble : le patient peut se retrouver dans l'incapacité d'expliciter sa difficulté tout en présentant un comportement adapté (cette attitude laisserait à penser qu'il existe une connaissance implicite du déficit).

Un diagnostic différentiel

Avant de conclure à une anosognosie, le diagnostic doit éliminer :

  • Le déni, si le sujet est conscient de ses difficultés, mais qu'il est inapte ou réticent à les reconnaître.
  • L'indifférence, si le sujet connaît son déficit mais n'en tient pas compte.
  • Le désaveu, si le sujet est capable de parler de son accident mais pas de ses affects.
  • Le défaut d'insight. L'insight est la reconnaissance des changements provoqués par la maladie. Il comporte trois niveaux :
    • l'acceptation de la maladie, qui comprend également la reconnaissance de ses symptômes et de leurs conséquences ;
    • la conscience de la nécessité d'un traitement et de s'y conformer ;
    • la capacité à identifier des événements mentaux inhabituels.
  • La négligence spatiale unilatérale ou héminégligence :
    • gauche (la plus fréquente) : le patient néglige tout ce qui est présent sur sa gauche suite à une lésion du cortex pariétal droit ;
    • droite (plus rare et moins sévère) : le patient néglige tout ce qui est sur sa droite suite à des lésions de l'hémisphère gauche.
  • L'hémianopsie (fait suite à un AVC, à un traumatisme crânien...), qui entraîne une perte de la moitié du champ visuel (que ce soit dans le sens vertical ou horizontal), d'un œil ou des deux yeux. Pour le sujet, la moitié manquante de la scène visuelle n'existe pas. Le patient n'a pas conscience de la perte de son hémi-champ. Il admet cependant qu'il existe un problème.
  • L'alexithymie : incapacité à exprimer ses émotions par des mots et difficulté à identifier et à distinguer ses états émotionnels.
  • L'athymhormie : perte ou réduction de curiosité, de goût, d'affect, de préférences et d'envie de satisfaire ses désirs en général. Toutefois, l'athymhormie ne se retrouve pas forcément dans les symptômes de la dépression et, contrairement à l'anosognosie, elle est réversible si le patient est stimulé par un tiers.

Anosognosie et rééducation orthophonique

À ce jour, aucune technique n'a été prouvée ou validée. Les techniques qui suivent sont des exemples de travail communiqués par des orthophonistes. Elles ne prétendent pas être exhaustives et ne remplacent pas les méthodes des médecins spécialistes.

Méthodes ou technique du praticien :

La méthode P.A.C.E. est la plus appropriée : elle se propose d'améliorer les capacités de communication des patients dans une situation de communication référentielle (exemple : A doit faire deviner à B un objet en utilisant les moyens de communications dont il dispose) :

  • mise en échec du patient afin de le confronter à ses erreurs pour l'amener à une prise de conscience du problème ;
  • délivrance systématique de feed-back en utilisant des jeux de rôles ;
  • simplification du discours pour faciliter la compréhension par le patient ;
  • utilisation, si possible, de l'humour pour dédramatiser ;
  • utilisation de moyens alternatifs comme les enregistrements (vidéos et/ou sonores).

Objectifs du praticien

Avec cette méthode, le praticien cherche à :

  • canaliser la logorrhée et/ou des stéréotypies (en utilisant l'ordinateur) ;
  • renforcer la communication non verbale ;
  • entraîner le patient à l'autoévaluation, l'amener à verbaliser les difficultés rencontrées au cours de mises en situation ;
  • rendre le patient acteur de sa rééducation en proposant des supports motivants ;
  • développer l'attention auditive et les capacités de désignation (en utilisant des exercices d'imitation, de répétition et le travail de groupe) ;
  • augmenter les réponses correctes aux questions posées (en employant des schémas, pictogrammes et/ou images).